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Synthèse des marchés du 11 août 2026 : l'impasse d'Ormuz propulse le pétrole et l'or au-dessus de 4 400 dollars, la Fed sous les projecteurs à la veille de l'IPC américain, le cuivre menacé d'une correction majeure, une rotation historique des logiciels sur les semi-conducteurs et une vague de mégatransactions dans l'intelligence artificielle

La séance de ce mardi se joue dans un climat d'attentisme, mais avec des sous-jacents extrêmement tendus. Le pétrole s'est envolé de 11 pour cent en quatre jours sur le durcissement américain vis-à-vis de l'Iran et l'impasse persistante sur le détroit d'Ormuz, le Brent se maintenant à 87,87 dollars le baril tandis que le diesel européen bondit de plus de 10 pour cent et que l'or franchit les 4 400 dollars l'once. Tout se joue à la veille de l'indice des prix à la consommation américain de mercredi, juge de paix des taux directeurs. En toile de fond, une rotation structurelle porte les logiciels, l'ETF IGV surperformant le SOX des semi-conducteurs de 46,75 pour cent depuis juillet, tandis qu'une vague de mégatransactions dans l'intelligence artificielle, de Nvidia à Intel en passant par Anthropic et OpenAI, redéfinit le financement de l'infrastructure. En Asie, Taïwan écrase la Corée du Sud, le yen reste fragilisé à 159,25 et le dollar australien recule après le statu quo de la RBA.

Publié le 11 août 2026 · L'équipe Derivatives Trading

La séance du 11 août 2026 se joue dans un climat d’attentisme, mais sous des sous-jacents extrêmement tendus. Les investisseurs naviguent entre un pétrole qui s’est envolé de 11 pour cent en quatre jours, un durcissement des positions américaines vis-à-vis de l’Iran et une transformation profonde du paysage de l’intelligence artificielle qui rebat les cartes entre semi-conducteurs et logiciels. L’ensemble se joue à la veille de la publication de l’indice des prix à la consommation américain, qui servira de juge de paix pour les taux directeurs. Cette synthèse prolonge le brief du 10 août, qui documentait des actions campant près de leurs records malgré une prudence généralisée, le put du Trésor de Scott Bessent contenant les taux longs, et l’ampleur macroéconomique inédite du supercycle de l’intelligence artificielle.

1. Climat général : un attentisme tendu à la veille de l’IPC américain

Le marché avance ce mardi dans une posture d’attente, mais les ressorts sous-jacents sont sous forte tension. Trois forces se disputent l’attention des investisseurs. La flambée énergétique, d’abord, portée par l’impasse géopolitique sur le détroit d’Ormuz. Le durcissement des positions américaines vis-à-vis de l’Iran, ensuite, qui éloigne toute perspective d’apaisement rapide. La transformation du paysage de l’intelligence artificielle, enfin, qui bouleverse la hiérarchie sectorielle entre les fabricants de puces et les éditeurs de logiciels.

Au-dessus de tout cela plane la publication de l’indice des prix à la consommation américain de mercredi. Ce chiffre fera office de juge de paix pour la trajectoire des taux directeurs. Tant qu’il n’est pas connu, les opérateurs préfèrent geler leurs paris, ce qui explique la nature indécise mais nerveuse de la séance.

2. Géopolitique et énergie : l’impasse d’Ormuz fait flamber les prix

Le président américain a durci le ton vis-à-vis de Téhéran. Il exige désormais des réparations financières de la part de l’Iran pour les attaques passées, notamment les bombes artisanales et les victimes civiles, ainsi que pour les dommages infligés au Liban, en Syrie, au Yémen et à Gaza. Ces exigences, présentées comme fermement intégrées aux futures négociations, sont jugées inacceptables par l’Iran. Téhéran réclame de son côté la levée du blocus, le dégel de ses avoirs et des compensations pour les destructions de guerre. Ce face-à-face rend très improbable un accord immédiat sur la réouverture du détroit d’Ormuz, voie par laquelle transite un cinquième du pétrole mondial.

La réaction des marchés est franche. Le Brent se maintient à 87,87 dollars le baril, après avoir bondi de 5 pour cent la veille, portant la hausse à 11 pour cent en quatre séances. Le diesel européen s’envole de plus de 10 pour cent, sous l’effet d’attaques simultanées visant des raffineries en Arabie saoudite, en Libye et en Russie. Dans ce contexte, l’or franchit le cap des 4 400 dollars l’once, son plus haut niveau depuis deux mois, porté par la ruée vers les valeurs refuges et par des achats techniques déclenchés au franchissement de la moyenne mobile à 100 jours.

3. Politique monétaire : la Fed sous le feu des projecteurs avant l’IPC

Dans un effort pour apaiser les doutes sur l’indépendance de la Réserve fédérale, le président américain a minimisé ses échanges avec le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh. Il affirme ne lui avoir parlé que brièvement, une seule fois, depuis sa confirmation. Cette version contredit toutefois les propos de Kevin Hassett, du Conseil économique national, selon lequel les deux hommes discutent en permanence. Le président a réitéré son souhait de voir la Fed baisser les taux, tout en renvoyant la décision finale au conseil des gouverneurs.

Cette communication contradictoire entretient l’incertitude sur la véritable relation entre l’exécutif et la banque centrale, à un moment sensible pour sa crédibilité. Mais l’attention reste avant tout rivée sur l’indice des prix à la consommation de mercredi, dont la lecture dictera la prochaine orientation des taux bien plus sûrement que les déclarations politiques.

4. Matières premières industrielles : le cuivre face à un risque de correction majeure

Le cuivre concentre un risque de correction violente, hérité du flou tarifaire américain. La décision du département du Commerce sur les droits de douane relevant de la Section 232, qui concerne le cuivre affiné, était attendue pour le 30 juin. Elle n’a toujours pas été rendue. Ce retard a nourri la constitution d’un stock colossal sur le Comex, désormais proche de 650 000 tonnes métriques, contre moins de 100 000 tonnes avant le début de l’arbitrage tarifaire. Les traders ont accumulé ces réserves en anticipant une taxation potentielle de 15 pour cent, susceptible d’atteindre 30 pour cent à partir de 2028.

Trois scénarios aux conséquences opposées se dessinent. Le premier, jugé le plus probable, est un nouveau report qui maintiendrait l’incertitude et les stocks en l’état. Le deuxième, de probabilité modérée, verrait l’instauration d’un tarif de 15 pour cent et un écartement du spread entre le Comex et le London Metal Exchange. Le troisième, le moins probable mais de loin le plus violent, serait un rejet explicite des droits de douane. Il provoquerait un effondrement immédiat du spread et une inondation du marché mondial par les stocks américains, rappelant la chute de 20 pour cent du Comex en une seule journée en juillet 2025.

5. Actions et intelligence artificielle : la rotation des logiciels sur les semi-conducteurs et la vague de mégatransactions

Aux États-Unis, un basculement sectoriel de grande ampleur est à l’œuvre. La chute spectaculaire du coût des tokens d’intelligence artificielle, portée par les grands modèles de langage chinois et par les modèles flash de Meta et d’Alphabet, bouleverse les positions établies. Les éditeurs de logiciels voient leurs coûts de développement s’effondrer, ce qui améliore leurs marges et leurs perspectives, tandis que les fabricants de semi-conducteurs peinent à justifier l’ampleur de leurs dépenses d’investissement. Le résultat est spectaculaire. Depuis juillet, l’ETF IGV des logiciels surperforme le SOX des semi-conducteurs de 46,75 pour cent, soit plus de 1 000 pour cent en rythme annualisé, une ampleur qui impose une relecture complète de la hiérarchie sectorielle établie depuis le début du boom.

En parallèle, une vague de mégatransactions redéfinit le financement de l’infrastructure de l’intelligence artificielle. Nvidia s’associe à Apollo, Blackstone, BlackRock et Brookfield pour un projet d’infrastructure de 500 milliards de dollars. Intel, face à une demande record dépassant 100 milliards de dollars d’ordres, porte à 20 milliards de dollars sa première levée de fonds depuis 1971. Anthropic signe de son côté un accord de 9,1 milliards de dollars avec Riot Platforms, un ancien mineur de bitcoin reconverti dans les capacités de centres de données, tandis qu’OpenAI rachète pour 7 milliards de dollars d’actions à ses employés en amont d’une introduction en bourse potentielle. Ces opérations témoignent d’un appétit intact pour le capital, mais aussi d’un déplacement du financement vers des montages associant fonds d’infrastructure et acteurs alternatifs.

6. Asie : Taïwan écrase la Corée du Sud

En Asie, la hiérarchie régionale se redessine au détriment de Séoul. Le ratio KOSPI sur TWSE est retombé dans sa fourchette historique, la Corée souffrant d’une fuite des capitaux étrangers et d’un rendement de dividende toujours très bas, cette fameuse décote coréenne qui pénalise durablement la valorisation de ses champions. Sur le plan technique, le KOSPI entre en tendance baissière, sa moyenne mobile à 21 jours s’orientant vers le bas. Taïwan, à l’inverse, reste soutenue par des soldes de marge retail élevés et par un contrôle strict des ventes à découvert qui limite la pression vendeuse.

La Chine confirme par ailleurs son retour en grâce sur le thème de l’intelligence artificielle. Les géants Tencent et Alibaba profitent de la baisse du coût des tokens pour tirer l’indice HSTECH vers les 5 000 points, illustrant la même logique de monétisation logicielle qui redistribue la valeur à l’échelle mondiale.

7. Devises et banques centrales : le yen fragilisé, le dollar australien sous pression

Sur le marché des changes, le yen est resté stable à 159,25 pour un dollar, après avoir effacé la moitié de ses gains enregistrés dans le sillage de l’intervention de la semaine dernière. Il demeure sous la menace d’une nouvelle intervention officielle, ce qui maintient les opérateurs sur leurs gardes. Le dollar australien a légèrement reculé après que la Banque de réserve d’Australie a maintenu son taux directeur, misant sur le ralentissement du marché immobilier et sur la hausse du chômage pour refroidir l’inflation sans nouveau resserrement.

Les marchés obligataires asiatiques suivent la hausse des rendements américains, le 10 ans américain se tendant à 4,71 pour cent. La séance reste toutefois alourdie par un jour férié au Japon, qui suspend les échanges au comptant et réduit la liquidité régionale.

En résumé

Ce mardi 11 août 2026, les marchés tiennent la ligne, avec des actions globalement stables, mais la structure sous-jacente est fragile. Le pétrole reste un puissant vecteur d’inflation, propulsé par l’impasse d’Ormuz avec un Brent à 87,87 dollars, un diesel européen en hausse de plus de 10 pour cent et un or au-dessus de 4 400 dollars l’once. Les droits de douane sur le cuivre créent une épée de Damoclès, avec des stocks Comex gonflés à 650 000 tonnes et un rejet de la Section 232 capable de provoquer un effondrement du spread. L’indépendance de la Fed est questionnée à la veille d’un indice des prix à la consommation érigé en seul véritable arbitre des taux. En Asie, Taïwan écrase la Corée, le yen reste fragilisé à 159,25 et le dollar australien recule après le statu quo de la RBA. Les investisseurs adoptent une posture de wait-and-see absolu, suspendus au chiffre de mercredi et à toute nouvelle déclaration présidentielle. La seule certitude demeure la rotation structurelle vers les logiciels portée par l’intelligence artificielle, avec un IGV surperformant le SOX de 46,75 pour cent depuis juillet, qui offre un coussin de résilience face aux vents contraires macroéconomiques.

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