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Synthèse des marchés du 10 août 2026 : les actions campent près des records malgré la prudence, le put du Trésor de Bessent contient les taux longs, le Kospi décroche et le supercycle de l'intelligence artificielle pèse 2,8 pour cent du PIB américain

La séance de lundi s'ouvre sur un paradoxe. Les actions mondiales évoluent près de leurs plus hauts historiques après un rapport sur l'emploi américain plus faible que prévu, tandis que la prudence domine chaque compartiment. Le rendement du Trésor à 10 ans reste tendu à 4,65 pour cent, son plus haut depuis dix-neuf ans, forçant Scott Bessent à multiplier les interventions. Le yen retombe au-delà de 158 pour un dollar, le Brent se maintient autour de 84 dollars sur fond de spéculation atone, le Kospi accuse un net retard, et le pari sur l'intelligence artificielle atteint une ampleur macroéconomique sans précédent avec plus de 1 000 milliards de dollars de dépenses d'investissement attendus l'an prochain, alors même que les signaux d'alarme se multiplient sur le crédit, les cash flows des hyperscalers et la monétisation.

Publié le 10 août 2026 · L'équipe Derivatives Trading

La séance du 10 août 2026 s’ouvre sur un paradoxe qui résume l’humeur du marché. Les actions mondiales campent près de leurs plus hauts historiques, portées par un rapport sur l’emploi américain plus faible que prévu qui a apaisé les craintes d’un resserrement de la Réserve fédérale, mais la prudence domine chaque compartiment, des taux longs au pétrole. Cette synthèse prolonge le brief du 7 août, qui documentait la flambée du Brent au-dessus de 84 dollars sur fond d’escalade dans le détroit d’Ormuz, le répit temporaire offert aux Treasuries par l’intervention conjointe sur le yen, et la chute des prix des tokens redessinant la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle.

1. Climat général : des records en actions sur fond de prudence généralisée

Les marchés actions mondiaux évoluent près de leurs plus hauts historiques, portés par des données sur l’emploi américain plus faibles que prévu qui ont apaisé les craintes d’un resserrement monétaire de la Fed. Le S&P 500 a inscrit un record vendredi. L’ouverture européenne reste toutefois mitigée, avec un Euro Stoxx 50 globalement stable et un FTSE 100 en baisse de 0,4 pour cent, tandis que les contrats à terme américains sont modestement positifs.

L’Asie affiche un visage contrasté. Le Nikkei japonais bondit de 2 pour cent, soutenu par la faiblesse du yen qui dope les exportateurs, alors que le Kospi sud-coréen sous-performe nettement le reste de la région. Ce grand écart illustre une séance sans direction claire, où les records masquent un positionnement défensif.

2. Macroéconomie et taux : l’emploi faiblit, le put du Trésor contient les rendements

Le rapport sur l’emploi de juillet a surpris par des coupes de postes inattendues, réduisant la probabilité d’une hausse des taux en septembre à environ 43 pour cent, contre 64 pour cent la semaine précédente. Ce basculement des anticipations a soutenu les actifs risqués, mais il n’a pas suffi à détendre le marché obligataire.

Le rendement du Trésor à 10 ans reste tendu à 4,65 pour cent, au plus haut depuis dix-neuf ans. Face à cette pression, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a multiplié les initiatives. Il est intervenu sur le yen, une première depuis 1998, pour éviter que le Japon ne se voie contraint de vendre ses réserves de Treasuries. Il a modifié subtilement la guidance sur les émissions obligataires, laissant entrevoir une réduction des émissions longues afin de contenir la partie longue de la courbe. Il a enfin défendu publiquement le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, dans un contexte où la crédibilité de la banque centrale reste scrutée. Cet ensemble d’actions dessine un véritable put du Trésor sur les taux longs, dont la portée reste néanmoins conditionnée à la trajectoire de l’inflation.

3. Devises : le dollar se redresse, le yen plombe le G10

Sur le marché des changes, le dollar s’est redressé de 0,2 pour cent, effaçant les pertes enregistrées dans le sillage du rapport sur l’emploi. Ce rebond confirme la résilience du billet vert malgré la révision à la baisse des anticipations de taux.

À l’opposé, le yen demeure la devise la plus faible du G10 et repasse au-dessus de 158 pour un dollar, malgré l’intervention récente. Cette faiblesse persistante, si elle profite aux exportateurs japonais et explique la vigueur du Nikkei, entretient le risque que Tokyo soit tenté de mobiliser ses réserves de Treasuries, précisément ce que l’intervention de Scott Bessent cherche à éviter.

4. Géopolitique et énergie : le Brent ferme, la spéculation en berne

Le Brent se maintient autour de 84 dollars le baril, en hausse de 0,5 pour cent. Les tensions géopolitiques persistent, avec une attaque des Houthis contre une raffinerie saoudienne, l’absence d’accord sur le détroit d’Ormuz et le rejet par l’Iran de toute négociation directe. Ces facteurs entretiennent une prime de risque qui empêche le baril de refluer.

Pourtant, malgré la fermeté des prix, l’appétit spéculatif est en berne. Les positions longues nettes n’ont connu qu’un rebond timide en juillet et sont déjà en train de se réduire. L’approche diplomatique plus mesurée de Trump, qualifiée de semi-négociation, et la modération attendue de l’inflation américaine limitent l’attrait du brut comme couverture contre une hausse des taux. Le marché pétrolier tient donc davantage par la géopolitique que par la conviction des investisseurs.

5. Actions : le décrochage coréen et la fin de saison des résultats européens

Après avoir surperformé au premier semestre, le Kospi accuse désormais un net retard face au Nikkei, au Taïwan TWSE et même au Kosdaq des petites capitalisations. Plusieurs inquiétudes se conjuguent. La concurrence chinoise sur les mémoires, incarnée par CXMT, menace les marges des champions coréens. Une optimisation des puces chez Nvidia pèse sur les perspectives de commandes. Surtout, l’absence de redistribution inquiète, avec des dividendes inférieurs à 1 pour cent chez SK Hynix et Samsung, alors que ces géants engloutissent leurs flux de trésorerie dans des dépenses d’investissement massives. Les volumes sur les ETF à effet de levier se sont effondrés, signe d’une désaffection des investisseurs particuliers.

En Europe, la saison des résultats entre dans sa dernière ligne droite, avec 80 pour cent du Stoxx 600 déjà publié et une croissance des bénéfices par action proche de 20 pour cent. Les prochains rapports à surveiller sont ceux d’Adyen, d’E.ON et d’Aviva, qui donneront le ton final d’un trimestre solide.

6. Le supercycle de l’intelligence artificielle : un pari financier colossal

Le sujet le plus profond de la journée reste l’ampleur du pari sur l’intelligence artificielle, documenté par une étude approfondie et une dizaine de graphiques. L’investissement en infrastructure liée à l’intelligence artificielle représente désormais environ 2,8 pour cent du produit intérieur brut américain, un niveau supérieur à celui du boom ferroviaire du dix-neuvième siècle. Ce stimulus macroéconomique est devenu si central que, sans lui, les États-Unis seraient probablement en récession.

Les dépenses d’investissement atteignent des montants astronomiques. Les cinq hyperscalers, Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft et Oracle, devraient dépenser plus de 1 000 milliards de dollars en dépenses d’investissement l’an prochain. Cette concentration de capital fait de l’intelligence artificielle le principal moteur de la croissance américaine, mais elle expose aussi l’économie à un risque de retournement si le rendement de ces investissements venait à décevoir.

7. Les signaux d’alarme : crédit, cash flows et monétisation

Derrière l’euphorie, plusieurs indicateurs virent au rouge. Le premier est un signal d’alarme sur le crédit. Les spreads de crédit des géants de l’intelligence artificielle et des centres de données se sont nettement écartés depuis juin. Leur poids dans le marché obligataire investment grade, à 8,4 pour cent du DTS, dépasse désormais celui des six plus grandes banques, à 7,3 pour cent, signe que les prêteurs exigent une prime de risque croissante pour financer la course à l’infrastructure.

Le deuxième signal vient des cash flows. Les flux de trésorerie disponibles des hyperscalers sont tombés sous leur niveau d’avant ChatGPT. Alphabet a enregistré un flux de trésorerie disponible négatif pour la première fois de son histoire, et Meta a vu le sien chuter de 91 pour cent sur un an. Le troisième signal tient au paradoxe de l’utilisation : l’usage des tokens a triplé depuis janvier, mais la monétisation s’effondre, l’indice LLM Token Expenditure reculant fortement à mesure que la concurrence tire les prix vers le bas.

Face à ces risques, les investisseurs opèrent une rotation vers les gagnants tangibles, selon la logique pick-and-shovel : semi-conducteurs et infrastructures de réseau électrique intelligent plutôt que les grands dépensiers. Le risque ultime reste financier. Sur 5 500 milliards de dollars de dépenses d’investissement, 4 100 milliards seraient financés par la dette. Une hausse durable des taux longs pourrait alors déclencher un choc systémique rappelant la Panique de 1873.

En résumé

Ce lundi 10 août 2026, les marchés avancent sur un paradoxe majeur. D’un côté, les indices actions, S&P 500 en tête, campent près de leurs records, portés par l’espoir d’une Fed accommodante après un rapport sur l’emploi plus faible. De l’autre, les marchés obligataires émettent des signaux de tension marqués, avec des spreads en hausse et un rendement du Trésor à 10 ans à 4,65 pour cent qui contraint le Trésor à défendre activement la partie longue de la courbe, face au gigantisme du financement de l’intelligence artificielle dont la rentabilité future reste incertaine et dont les cash flows des géants technologiques sont déjà gravement entamés. La prudence est de mise partout : le dollar se renforce, le pétrole tient par la géopolitique plus que par la conviction des spéculateurs, et le marché coréen s’essouffle. Le supercycle de l’intelligence artificielle soutient à lui seul la croissance américaine, mais il concentre désormais un risque systémique dont le marché commence à peine à mesurer l’ampleur.

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