Synthèse des marchés du 4 août 2026 : l'Europe en sweet spot et Wall Street proche des records, mais l'impasse iranienne, un cuivre en tension et des JGB au bord de la rupture ravivent le risque
La séance oppose une saison de résultats exceptionnelle en Europe et aux États-Unis à une série de vents contraires convergents. L'Iran refuse de négocier et laisse le détroit d'Ormuz bloqué, le cuivre s'approche de 14 000 dollars la tonne dans un marché asséché, le yen reste la devise la plus faible du G-10 malgré l'intervention coordonnée, et les rendements japonais menacent la dette mondiale. En Europe, l'assèchement du Rhin ajoute un choc logistique bien réel.
La séance du 4 août 2026 met en scène un contraste marqué. Les actions américaines et européennes évoluent proches de leurs records historiques, portées par des résultats d’entreprises solides et un positionnement jugé constructif, tandis que les actifs asiatiques et les obligations souveraines subissent des pressions significatives. Trois grands axes dominent la journée : la dynamique du yen et de la politique monétaire japonaise, la remontée des prix des matières premières avec un pétrole sous-évalué et un cuivre en tension, et une série de risques géopolitiques et logistiques allant de l’Iran aux relations américano-japonaises jusqu’à l’assèchement du Rhin. Cette synthèse prolonge le brief du 3 août, qui documentait la désescalade décidée par Donald Trump sur l’Iran et l’intervention coordonnée américano-japonaise sur le yen.
1. Actions : l’Europe en sweet spot, les États-Unis au plus haut, l’Asie à la traîne
Aux États-Unis, le S&P 500 flirte avec son record et les contrats à terme du Nasdaq-100 sont dans le vert. Le rallye est mené par la technologie. Palantir a relevé ses prévisions de revenus et de bénéfices, qualifiant la demande commerciale d’otherworldly, littéralement venue d’un autre monde. Amazon a de son côté franchi le seuil des 3 000 milliards de dollars de capitalisation, mais a cédé 1,6 pour cent en post-marché après l’annonce de cessions d’actions par Jeff Bezos.
En Europe, les contrats à terme sont orientés à la hausse, l’Euro Stoxx 50 gagnant 0,3 pour cent et le FTSE 100 progressant de 0,2 pour cent. La saison des résultats est exceptionnelle. Les entreprises de la zone sont en passe d’afficher une croissance des bénéfices par action de plus de 14 pour cent au deuxième trimestre, dépassant les 11,5 pour cent attendus, avec 56 pour cent de résultats meilleurs que prévu. HSBC a dépassé les attentes, avec un bénéfice avant impôt de 10,1 milliards de dollars, en hausse de 60 pour cent, et relance son programme de rachat d’actions. Lufthansa a en revanche averti sur la volatilité des prix du carburant. Citigroup juge le positionnement constructif sans euphorie, l’Europe bénéficiant d’un exode des capitaux américains lié à la baisse du rendement du free cash flow aux États-Unis.
En Asie, l’indice Kospi sud-coréen souffre d’une volatilité chronique, tandis que TSMC et Samsung pèsent sur le MSCI Asie-Pacifique. Les investisseurs restent inquiets d’un ralentissement des dépenses consacrées à l’intelligence artificielle, thème qui continue de fragiliser l’ensemble du complexe technologique asiatique.
2. Change et obligations : le yen sous pression, les JGB menacent la dette mondiale
Après l’intervention coordonnée entre les États-Unis et le Japon, la première depuis des décennies, qui avait fait remonter la devise de 164 à environ 157,7 pour un dollar, le yen a reperdu 0,3 pour cent ce mardi, redevenant la devise la plus faible du G-10. Les marchés restent sceptiques quant à la durabilité de ce rebond.
Le marché obligataire japonais concentre les inquiétudes. L’adjudication à 10 ans a enregistré la plus faible demande depuis mai 2025, provoquant une tension sur les rendements qui se rapprochent du pic de juillet, à 2,90 pour cent. Les investisseurs mondiaux surveillent ce seuil avec attention. Un franchissement enverrait un signal profondément négatif à l’ensemble des obligations du G-10, Treasuries, Bunds et Gilts, avec un risque de contagion. Aux États-Unis, le rendement du Trésor à 10 ans a grimpé à 4,69 pour cent, en hausse de 2 points de base, pénalisé par la remontée du pétrole et par la faiblesse des JGB.
La pression sur la Banque du Japon pour relever ses taux s’intensifie. Les swaps au jour le jour indiquent une probabilité de 50 pour cent pour une hausse en septembre et de 90 pour cent pour octobre. Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent pousse explicitement la Banque du Japon à normaliser sa politique afin de limiter la contagion des rendements japonais vers les Treasuries, tout en cherchant à obtenir des concessions commerciales ainsi que le respect des engagements d’investissement, à hauteur de 550 milliards de dollars, et de défense, portés à 3,5 pour cent du produit intérieur brut, de la part de Tokyo.
3. Matières premières : un pétrole sous-évalué, le cuivre en tension
Le Brent se maintient autour de 85 dollars le baril, en hausse de 1,6 pour cent. Le président Trump a qualifié sa dernière offre de négociations avec l’Iran de dernière chance, mais Téhéran a démenti tout dialogue, maintenant le détroit d’Ormuz bloqué. Les marchés prédictifs, à l’image de Kalshi, affichent un pessimisme total sur une réouverture prochaine. Selon Bloomberg Intelligence, les prix sont sous-évalués. Si la destruction de la demande en Chine et en Asie, conjuguée aux ponctions sur les stocks stratégiques, a jusqu’ici contenu les cours, l’équilibre entre offre et demande penche nettement vers la hausse, car les réserves finiront par s’épuiser.
Le cuivre poursuit sa progression. Les contrats sur le London Metal Exchange s’approchent des 14 000 dollars la tonne, dans un marché qui se resserre. La migration des stocks vers les États-Unis, en anticipation de droits de douane, assèche les entrepôts londoniens. La backwardation, l’écart entre le comptant et l’échéance à trois mois, a atteint plus de 70 dollars la tonne, son niveau le plus large depuis janvier, tandis que les stocks du LME sont tombés à un plus bas pluriannuel. En Chine, les réserves boursières sont au plus bas depuis février 2024, et la prime de Yangshan, indicateur de la demande d’importation, dépasse les 100 dollars la tonne.
4. Géopolitique, logistique et tensions bilatérales
Sur le dossier iranien, l’impasse persiste. Malgré le dernier avertissement lancé par Donald Trump, l’Iran ne cède pas, ce qui maintient un risque de choc pétrolier tant que le détroit d’Ormuz reste bloqué.
Les relations entre les États-Unis et le Japon prennent une tournure stratégique. L’intervention sur le yen, présentée comme un geste d’amitié par Trump, est analysée par les économistes comme une manœuvre calculée. Il s’agit de protéger les Treasuries de la contagion, de pousser la Banque du Japon à relever ses taux, de faire respecter l’engagement de 550 milliards de dollars d’investissements, et d’obtenir une hausse des dépenses militaires japonaises au-delà des 2 pour cent du produit intérieur brut. La Première ministre Takaichi, héritière des politiques accommodantes de l’Abenomics, se montre réticente, mais la pression conjuguée du marché et de Washington ne cesse de croître.
En Europe, un choc logistique bien réel se matérialise. Le niveau du Rhin au point de Kaub est tombé à son plus bas depuis 1880, en raison de la sécheresse. Le coût du transport de diesel entre Rotterdam et Karlsruhe a atteint son niveau le plus élevé depuis le début des relevés, en 2009, menaçant les chaînes d’approvisionnement en charbon, en carburants et en produits industriels.
En résumé
La journée du 4 août 2026 illustre un marché mondial tiré par une forte saison de résultats, particulièrement en Europe et aux États-Unis, mais fragilisé par des vents contraires convergents. Un marché obligataire nippon au bord de la rupture, des prix de l’énergie et des métaux qui signalent une tension sous-jacente, des risques géopolitiques aigus autour de l’Iran et de la pression exercée sur le Japon, ainsi que des perturbations logistiques réelles composent un tableau d’ensemble instable.
Les investisseurs oscillent entre l’optimisme des bénéfices et la prudence face à la hausse des taux et des matières premières, un œil rivé sur les prochaines données de l’emploi américain et sur la réponse de la Banque du Japon. La cohérence d’ensemble est celle d’un marché en quête de stabilisation monétaire et géopolitique, mais dont les valorisations et les rendements restent exposés à un choc si les JGB venaient à franchir le seuil fatidique de 2,90 pour cent ou si les tensions au Moyen-Orient s’aggravaient.
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