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Synthèse des marchés du 3 août 2026 : Trump renonce à frapper l'Iran et fait plonger le pétrole, intervention coordonnée américano-japonaise sur le yen, flambée des taux japonais et fracture nette entre l'Asie et l'Occident

La séance conjugue une détente géopolitique spectaculaire et de fortes tensions monétaires. L'annonce par Donald Trump de l'annulation d'une frappe contre l'Iran au profit de nouvelles négociations a fait chuter le pétrole de plus de 7 pour cent, tandis qu'une intervention coordonnée entre le Trésor américain et le Japon, la première depuis quinze ans, propulse le yen et déstabilise le marché obligataire américain. L'Asie a lourdement corrigé, plombée par un yen fort et un avertissement de Murata sur l'intelligence artificielle, quand les contrats à terme occidentaux progressaient dans le vert.

Publié le 3 août 2026 · L'équipe Derivatives Trading

La séance du 3 août 2026 s’ouvre sur une fracture nette entre une Asie en pleine purge, plombée par les craintes autour de l’intelligence artificielle et par la vigueur du yen, et des contrats à terme occidentaux soutenus par l’espoir d’une désescalade au Moyen-Orient. L’annonce par Donald Trump de renoncer à une attaque contre l’Iran au profit de nouvelles négociations a provoqué une chute spectaculaire du pétrole, mais les interventions monétaires coordonnées entre les États-Unis et le Japon rebattent les cartes sur les marchés obligataires et de change, tandis que l’actualité corporate reste animée par de nouvelles méga-fusions. Cette synthèse prolonge le brief du 31 juillet, qui documentait un rallye technologique d’une ampleur historique en Asie et une Banque du Japon figée face à un yen sous intervention.

1. Géopolitique et pétrole : un répit précaire sur le détroit d’Ormuz

Le catalyseur majeur de la séance est l’annonce de Donald Trump, qui a ordonné l’annulation d’une attaque massive contre l’Iran, cédant aux appels pressants de ses alliés du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite. De nouvelles négociations américano-iraniennes débutent ce lundi après-midi, avec pour objectif affiché de rouvrir rapidement le détroit d’Ormuz, voie de transit d’environ un cinquième du pétrole mondial en temps de paix.

La réaction des cours a été immédiate. Le Brent pour livraison en octobre a chuté jusqu’à 7,3 pour cent, à 81,55 dollars, avant de se stabiliser autour de 83,32 dollars, tandis que le WTI est passé sous la barre des 80 dollars, à 79,51 dollars. Ce repli est attribué à un soulagement immédiat et au débouclage de positions vendeuses, mais il reste conditionné à un accord concret. Takahiro Asaoka, d’Itochu Research, prévient qu’une baisse durable est difficile à envisager sans un accord normalisant le trafic dans le détroit.

Les risques persistent malgré la détente diplomatique. L’UK Maritime Trade Operations a rapporté une explosion à proximité d’un pétrolier au large d’Oman ce dimanche, tandis qu’un navire de gaz naturel liquéfié avait été touché la semaine précédente. Parallèlement, l’OPEP+ a approuvé une nouvelle augmentation modeste de ses quotas, achevant le rétablissement des approvisionnements interrompus en 2023. Le Kazakhstan a rouvert le pipeline CPC, du Caspian Pipeline Consortium, avec un débit de 100 000 tonnes par jour, malgré un risque sécuritaire persistant en mer Noire. Enfin, la Turquie et l’Irak ont prolongé leur accord sur un oléoduc capable d’exporter 750 000 barils par jour.

2. Changes et interventions : le yen s’envole, le dollar sous pression

La devise japonaise a enregistré un net rally, grimpant jusqu’à 1,4 pour cent, à 155,23 yens pour un dollar, avant de se stabiliser autour de 156,40. Cette poussée est alimentée par une intervention coordonnée d’une ampleur historique : le Japon a dépensé environ 8 450 milliards de yens, soit 54 milliards de dollars, vendredi, en coordination avec le Trésor américain, ce qui confirme leur première action conjointe depuis quinze ans.

Sur le plan de la stratégie de financement, les stratèges relèvent que le Trésor américain pourrait utiliser des euros plutôt que des dollars pour financer ses achats de yens, évitant ainsi d’affaiblir sa propre monnaie et de remettre en cause sa politique de dollar fort. Les autorités ont prévenu qu’elles n’hésiteraient pas à intervenir de nouveau.

Les conséquences pour les Treasuries sont directes. Cette intervention renforce le thème du rapatriement des capitaux japonais, qui réduit la demande pour les bons du Trésor américain. Les réserves de change du Japon étant massivement investies en dette américaine, chaque intervention ponctionne ces réserves et entraîne un non-réinvestissement des titres arrivant à échéance. Les épisodes de 2024 et de 2026 montrent que les avoirs japonais en Treasuries ont chuté de 67 milliards de dollars en mai 2026, la réduction étant concentrée sur les bons à court terme. À terme, cette dynamique exerce une pression à la hausse sur les rendements des Treasuries et sur les primes de terme.

3. Obligations : des marchés japonais en ébullition, les taux américains s’apaisent

Le marché obligataire nippon est en pleine effervescence. Le rendement du JGB à 2 ans a grimpé à 1,54 pour cent, un niveau inédit depuis 1995, tandis que celui à 5 ans a bondi à 2,075 pour cent, son plus haut depuis la création de l’échéance en 2000. Cette flambée est alimentée par les spéculations sur une hausse précoce des taux de la Banque du Japon. Le responsable des affaires monétaires, Mimura, a explicitement évoqué une coordination entre les interventions de change et le resserrement monétaire.

Les anticipations de taux se sont brutalement ajustées. Le marché intègre désormais une probabilité de 93 pour cent d’une hausse de 25 points de base en octobre, tandis que septembre est devenu un pari à pile ou face. Le risque d’un relèvement entre deux réunions commence à être évoqué, au vu de la pression exercée par le secrétaire au Trésor Scott Bessent. Les investisseurs ayant participé à l’adjudication de la semaine dernière sur le 2 ans se retrouvent déjà en perte virtuelle, ce qui pourrait déclencher des ventes supplémentaires.

Aux États-Unis, à l’inverse, le rendement du Trésor à 10 ans a reculé de 4 points de base, à 4,69 pour cent, grâce à la détente sur les prix du pétrole qui apaise les craintes inflationnistes. Les courbes de taux des pays développés tendent à se pentifier : les taux courts sont plafonnés par les interventions, tandis que les taux longs montent sous l’effet des inquiétudes sur l’inflation et de l’incertitude géopolitique.

4. Actions : un fossé entre l’Asie et l’Occident, l’intelligence artificielle et les semi-conducteurs en question

Les marchés asiatiques ont lourdement chuté. Le Kospi sud-coréen s’est effondré de plus de 5 pour cent, les géants SK Hynix et Samsung perdant plus de 7 pour cent chacun. Le Topix japonais a reculé de 2,5 pour cent et le Nikkei d’environ 1 pour cent, pénalisés par la vigueur du yen qui pèse sur les exportateurs.

La cause principale tient à un avertissement de Murata Manufacturing, qui a prévenu que le déploiement technologique mondial finirait par s’essouffler, ravivant les craintes de surinvestissement dans l’intelligence artificielle. Les valeurs technologiques taïwanaises, portées par le Taiex, et celles de Hong Kong, avec le Hang Seng, ont toutefois résisté, tandis que l’indice MSCI Asie perdait 0,6 pour cent.

L’Occident, lui, évoluait dans le vert. Les contrats à terme sur le S&P 500 ont gagné de 0,4 à 0,6 pour cent, et ceux sur l’Euro Stoxx 50 ont progressé de 0,7 à 0,9 pour cent, portés par la chute du pétrole et par un apaisement des tensions géopolitiques. Le secteur des semi-conducteurs reste toutefois vulnérable à l’échelle mondiale, en raison de la concurrence chinoise et des préoccupations sur les dépenses d’investissement, AMD, SpaceX et SoftBank étant sous surveillance. Plus de 60 pour cent des composants du Stoxx 600 ont déjà publié leurs comptes, avec une croissance des bénéfices au plus haut depuis quatre ans.

5. Fusions-acquisitions et actualité corporate : un week-end bouillonnant

Dans le secteur pharmaceutique, AstraZeneca aurait exploré l’acquisition de Bristol Myers Squibb, une méga-opération qui créerait l’un des plus grands laboratoires mondiaux.

Le feuilleton des banques italiennes se poursuit. Banco BPM a renoncé à sa fusion avec Monte dei Paschi, ce qui renforce les chances de l’offre d’Intesa Sanpaolo, supérieure à 30 milliards d’euros. Parallèlement, le gouvernement italien prévoit de céder sa participation résiduelle dans Monte dei Paschi d’ici la fin septembre, avant que l’offre n’entre dans une phase cruciale. Une acquisition de BPM par Monte dei Paschi reste toutefois une option envisagée.

Parmi les autres opérations, Prysmian s’apprête à acquérir Atkore pour 3,8 milliards de dollars en numéraire, à 95 dollars par action, avec l’approbation unanime des deux conseils. Du côté de la technologie chinoise, Alibaba a dévoilé son modèle d’intelligence artificielle le plus ambitieux, revendiquant des performances équivalentes à celles du leader Anthropic, ce qui accentue la rivalité sino-américaine. Sur le plan des résultats, Novo Nordisk, Siemens, Bayer et Deutsche Telekom publieront leurs comptes cette semaine.

6. Macroéconomie, actifs alternatifs et vues des stratèges

La semaine sera riche en données. Sont attendus les indices PMI définitifs, manufacturiers et des services, les ventes au détail en zone euro et les données industrielles allemandes. Ces chiffres permettront de valider si la récente surperformance européenne repose sur une amélioration réelle de la croissance.

Sur les actifs alternatifs, l’or a progressé de 0,3 à 0,5 pour cent, s’approchant de 4 070 dollars l’once, bénéficiant de la faiblesse du dollar et de la baisse des rendements réels. Les cryptomonnaies et les actions élargies, hors technologie, pourraient également tirer parti de la conjonction d’un pétrole bas, d’un dollar faible et d’une pression sur les valeurs de momentum. Parmi les autres actualités, la Hongrie a fermé sa seule centrale nucléaire, qui assure 40 pour cent de sa production électrique, pour la première fois, en raison du niveau historiquement bas du Danube. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez est pour sa part critiqué par ses pairs européens après l’afflux de migrants à Ceuta.

Du côté des vues stratégiques, Peter Oppenheimer, de Goldman Sachs, rappelle que la croissance des bénéfices est le principal moteur des rendements mondiaux, et estime que cette tendance perdurera malgré la hausse du coût du capital. Les stratèges de Bloomberg MLIV soulignent que l’intervention japonaise réduit la demande de Treasuries et que la paire euro-yen, désormais à ses plus bas niveaux depuis décembre, est sous l’influence directe du Trésor américain.

En résumé

La journée du 3 août 2026 illustre une fracture nette entre les marchés asiatiques, ébranlés par un yen fort, une remontée brutale des taux japonais et des doutes sur la pérennité des dépenses en intelligence artificielle, et les marchés occidentaux, qui accueillent avec soulagement la désescalade au Moyen-Orient et la chute du pétrole. L’intervention monétaire américano-japonaise, si elle soutient le yen, crée des répercussions en cascade sur le marché obligataire américain en réduisant l’un de ses principaux soutiens.

Dans cet environnement, les investisseurs doivent naviguer entre espoirs géopolitiques, tensions monétaires, valorisations élevées et incertitudes sectorielles. La semaine qui s’ouvre, avec ses publications d’entreprises et ses données macroéconomiques, sera décisive pour départager ces forces opposées et confirmer ou infirmer la tendance de fond à une réévaluation des marchés mondiaux.

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