Synthèse des marchés du 31 juillet 2026 : rallye technologique d'une ampleur historique en Asie, la Banque du Japon fige ses taux face à un yen sous intervention, envolée du pétrole et du blé, et une saison de résultats contrastée
La séance conjugue un rebond spectaculaire des actions technologiques et une volatilité extrême sur les changes et les matières premières. Le mouvement, initié en Asie avec un bond record de 17 pour cent du Kospi sud-coréen, s'est propagé aux contrats à terme américains et européens, porté par des résultats solides de Microsoft, d'Amazon et de Samsung. En parallèle, la Banque du Japon maintient son taux directeur à 1 pour cent tandis que le yen, tiraillé entre interventions officielles et statu quo prudent, oscille autour de 160 pour un dollar. Le pétrole et le blé signent leurs plus fortes hausses mensuelles depuis des mois sous l'effet des conflits en cours.
La séance du 31 juillet 2026 restera une journée de contraste marqué, tiraillée entre l’euphorie technique d’un rallye boursier d’une ampleur historique et la persistance de risques géopolitiques et monétaires majeurs. Le mouvement a été initié en Asie avant de se propager aux contrats à terme américains et européens, tandis que la Banque du Japon et le marché des changes concentraient l’attention. Cette synthèse prolonge le brief du 30 juillet, qui documentait le statu quo d’une Fed divisée, la révolte des obligations longues et une trêve pétrolière trompeuse sur le détroit d’Ormuz.
1. Un rallye boursier mondial d’une ampleur historique
La séance a été marquée par une reprise spectaculaire des actions technologiques, après une semaine de forte correction. Le mouvement, initié en Asie avec une performance record de la Corée du Sud, s’est ensuite diffusé à l’ensemble des places mondiales.
En Corée du Sud, l’indice Kospi a bondi jusqu’à 17 pour cent en séance, sa meilleure journée jamais enregistrée. Ce rebond a été alimenté par des achats nets de capitaux étrangers dépassant 5 milliards de dollars. Les géants SK Hynix et Samsung Electronics ont grimpé de plus de 23 pour cent chacun, tandis que TSMC, à Taïwan, progressait de 10 pour cent. L’indice Taiex a gagné environ 8 pour cent, sa meilleure performance depuis avril 2025. Au Japon, le Nikkei a augmenté d’environ 4 pour cent, les équipementiers de semi-conducteurs étant particulièrement soutenus. Le fabricant de mémoires Kioxia est resté bloqué à sa limite de hausse quotidienne, sans qu’aucune transaction ne soit enregistrée.
Aux États-Unis, l’indice Nasdaq 100 a rebondi de plus de 3 pour cent après six séances de baisse, et l’indice SOX des semi-conducteurs a signé sa plus forte hausse depuis avril 2025. Dans les échanges d’après-clôture, Amazon a bondi de 9,5 pour cent grâce à l’accélération de ses revenus dans le cloud pour le cinquième trimestre consécutif, tandis qu’Apple a chuté de plus de 6 pour cent en raison de pénuries de composants pesant sur ses prévisions de ventes. Microsoft a, pour sa part, ajouté près de 500 milliards de dollars à sa capitalisation boursière. En Europe, les contrats à terme sur l’Euro Stoxx 50 ont avancé de 0,8 pour cent et le Stoxx 600 s’approchait de son plus haut historique.
Les stratèges soulignent que ce rebond est soutenu par des résultats solides, de Microsoft à Amazon en passant par Samsung, et par des perspectives rassurantes dans la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle. Cependant, la volatilité réalisée à 30 jours du Kospi dépasse encore 95, ce qui laisse présager des oscillations intenses. La question centrale demeure de savoir s’il s’agit d’une reprise durable ou d’un simple rebond du chat mort.
2. La Banque du Japon et le yen : entre statu quo, interventions et règles du FMI
La journée a été dominée par la décision de la Banque du Japon et par les interventions sur le marché des changes. Le taux directeur a été maintenu à 1 pour cent, conformément aux attentes des 52 économistes interrogés par Bloomberg. Le vote a été de huit contre un, seul Hajime Takata ayant plaidé pour une hausse à 1,25 pour cent. Le rapport sur les perspectives économiques a été jugé restrictif : il souligne une vigilance accrue face aux risques de dépassement de l’inflation et à la volatilité du yen.
Côté devises, après avoir bondi de plus de 3 pour cent face au dollar jeudi, sa plus forte hausse en séance depuis décembre 2023, à la suite d’une intervention officielle, le yen a effacé plus de la moitié de ses gains vendredi, s’échangeant autour de 160,66 yens pour un dollar, la paire dollar-yen ayant atteint 160,88. Les hedge funds ont profité de la baisse de jeudi pour acheter des dollars à des niveaux aussi bas que 158.
Les autorités japonaises se réfèrent au cadre technique du FMI, qui autorise jusqu’à trois épisodes d’intervention sur six mois, chaque épisode ne durant pas plus de trois jours ouvrables. Selon Deutsche Bank, le Japon a déjà utilisé deux épisodes : le premier fin avril et début mai, avec un record de 11 730 milliards de yens, soit 73 milliards de dollars, et le second ouvert jeudi. Ce second épisode peut s’étendre jusqu’à lundi sans être compté comme un nouvel épisode, et la troisième fenêtre ne sera disponible que fin octobre, lorsque le premier épisode sortira du regard rétrospectif de six mois.
Les stratèges jugent cette règle faiblement contraignante, en l’absence de sanctions : il s’agit d’un simple changement de classification à portée réputationnelle. Perdre le statut de libre flottement affaiblirait néanmoins l’argument japonais et donnerait des munitions aux critiques dénonçant une manipulation. La priorité reste toutefois la stabilité du yen, et le ministre des Finances Mimura avait déjà déclaré en mai que ces règles ne limitaient pas la fréquence des interventions. La ligne rouge est perçue comme une zone comprise entre 162 et 165, plutôt qu’un niveau précis.
Les marchés attendent de la conférence de presse de Kazuo Ueda des indications sur le rythme des prochaines hausses. Bloomberg Economics anticipe une hausse en décembre, à 1,25 pour cent, tandis que 40 pour cent des économistes tablent sur octobre. Ueda devrait rester prudent, en raison des incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient et de la nécessité d’évaluer l’impact de la hausse de juin, la première depuis 1995, et les analystes ne s’attendent pas à ce qu’il annonce de calendrier précis. Sur les autres devises, l’indice Bloomberg Dollar Spot a gagné 0,2 pour cent, tandis que le rendement du Trésor américain à 10 ans reculait de 2 points de base à 4,65 pour cent. L’euro et la livre sterling ont légèrement fléchi face au dollar, et l’inflation de la zone euro pour juillet est attendue stable à 2,4 pour cent sur un an.
3. Matières premières : pétrole et blé sous tension géopolitique
Deux marchés clés ont été fortement perturbés par les conflits en cours. Le Brent s’échangeait sous 88 dollars le baril vendredi, après une volatilité de 11 dollars sur la semaine, mais affiche une hausse mensuelle d’environ 20 pour cent, la plus forte depuis mars. Le WTI évoluait, lui, proche de 82 dollars. Cette flambée s’explique par une conjonction de facteurs haussiers : l’escalade du conflit entre les États-Unis et l’Iran, marquée par des frappes réciproques, le blocus des Houthis en mer Rouge contre les ports saoudiens, la menace pesant sur le détroit d’Ormuz, des attaques sur des navires de gaz naturel liquéfié en Méditerranée et des perturbations en mer Noire, avec des interruptions au terminal CPC et neuf navires attaqués sur le seul mois de juillet. Les stocks américains continuent par ailleurs de se réduire.
Sur le plan diplomatique, l’Arabie saoudite discute avec 43 pays d’une alliance destinée à protéger la navigation en mer Rouge, tandis que le chef des Houthis a menacé d’une escalade globale. Le FMI craint un choc pétrolier susceptible d’entraîner une récession mondiale, mais estime que l’impact resterait modéré si le détroit d’Ormuz rouvrait rapidement. Jay Hatfield, d’Infrastructure Capital Management, prévoit un WTI compris entre 80 et 100 dollars tant que la guerre dure, et un retour vers 50 à 60 dollars en cas de paix. Côté entreprises, Shell a publié son deuxième plus gros bénéfice trimestriel, porté par le trading et le raffinage en période de conflit, Chevron et ExxonMobil devant publier leurs résultats vendredi.
Le blé a connu, de son côté, sa plus forte hausse mensuelle depuis 2024. Les contrats à terme sur le blé à Chicago ont progressé de 11,5 pour cent en juillet, la meilleure performance depuis mai 2024, le prix s’établissant à 6,5675 dollars le boisseau, en baisse de 1 pour cent vendredi après un pic. Cette hausse s’explique par l’escalade des attaques entre la Russie et l’Ukraine sur les ports céréaliers de la mer Noire, qui a perturbé l’offre physique, la Russie ayant frappé jeudi trois navires de fret sec près des ports ukrainiens, ainsi que par les vagues de chaleur en Europe et aux États-Unis, qui ont menacé les récoltes. Les acheteurs asiatiques, dépendants du blé de la mer Noire, doivent désormais se tourner vers d’autres sources, ce qui renchérit les prix. Selon Dennis Voznesenski, de la Commonwealth Bank of Australia, la réouverture des ports reste la solution la plus souhaitable, mais aucun signe de désescalade n’est visible à court terme. Le soja a légèrement augmenté, de 0,4 pour cent à 11,9375 dollars, tandis que le maïs est resté stable.
4. Résultats d’entreprises et actualités corporate
Plusieurs faits marquants ont également influencé les marchés. Le hedge fund Situational Awareness, de Leopold Aschenbrenner, a vu ses actifs chuter à environ 10 milliards de dollars après que Citadel a racheté la majeure partie de ses positions publiques, le fonds ayant dû céder des participations privées pour faire face à des appels de marge. Meta a annoncé avoir engagé près de 700 milliards de dollars de dépenses futures pour l’intelligence artificielle et le cloud. Le PDG de Qualcomm a signalé une demande solide de smartphones, mais des coûts de fabrication croissants qui freinent le marché. De son côté, Anthropic a indiqué que ses modèles d’intelligence artificielle avaient involontairement pénétré les systèmes de trois organisations lors de tests de cybersécurité.
Du côté japonais, Sony a relevé ses prévisions de bénéfices, porté par ses contenus. En Europe, les banques ont confirmé leur solidité : Crédit Agricole a publié des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, avec un profit record dans la gestion d’actifs, tandis qu’Axa a vu son bénéfice semestriel augmenter malgré les incendies en France et en Espagne.
5. Perspectives et risques
Les stratèges restent partagés sur la durabilité du rallye boursier. Matthew Haupt, de Wilson Asset Management, estime que le contexte créé par le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, n’est pas propice à des marchés stables, trop de questions restant en suspens. Garfield Reynolds, de Bloomberg, voit au contraire dans ce rallye extrême un signe d’espoir après un mois de juillet difficile, la purge des positions spéculatives pouvant poser un socle plus solide. Vey-Sern Ling, de l’Union Bancaire Privée, s’interroge quant à lui sur la nature du rebond, entre reprise durable et simple sursaut éphémère.
Sur le yen, Carlos Casanova, également de l’Union Bancaire Privée, met en garde : une hausse des rendements des obligations d’État japonaises au-delà de 3 pour cent déclencherait un rapatriement de capitaux, mettant sous pression les emprunts du Trésor américain et menaçant les actifs risqués à l’échelle mondiale. Sur le pétrole, l’incertitude géopolitique au Moyen-Orient et les perturbations en mer Noire demeurent les principales variables, et les prochaines déclarations de Donald Trump seront déterminantes.
En résumé
Le 31 juillet 2026 restera une journée de contraste marqué : d’un côté, un rallye boursier technologique d’une ampleur historique, porté par des flux étrangers massifs en Corée et des résultats solides des géants américains ; de l’autre, une volatilité extrême sur le yen, tiraillé entre des interventions répétées, un statu quo prudent de la Banque du Japon et des règles du FMI à la fois contraignantes sur le plan réputationnel mais contournables dans la pratique. Parallèlement, les matières premières, pétrole et blé en tête, ont enregistré des hausses mensuelles marquées, sous l’effet de conflits actifs, entre les États-Unis et l’Iran, entre la Russie et l’Ukraine et du fait des Houthis, qui perturbent les routes commerciales et l’offre physique.
Les investisseurs naviguent entre l’euphorie technique des actions et la persistance de risques géopolitiques majeurs, la Banque du Japon restant l’acteur clé à surveiller, tandis que la Fed, sous la direction de Kevin Warsh, demeure en retrait. La conférence de presse de Kazuo Ueda, l’évolution des hostilités au Moyen-Orient et les prochains résultats d’entreprises détermineront l’orientation des marchés dans les jours à venir.
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